Édito de mars 2020 par Jean-Marie Fossey
Président de la FEP

Dans un article récent la revue « Science » a publié un article qui nous indique à propos du stress-post traumatique que « L’étude « Remember » montre que la manifestation de ce stress post-traumatique, qui a longtemps été attribuée à une défaillance de la mémoire, serait également liée à un dysfonctionnement des réseaux cérébraux qui la contrôlent. »

Un article parmi bon nombre d’autres qui ne cessent de mettre en avant l’idée d’un corps que l’on dirigerait comme une machine. D’ailleurs cet article repris par la version internet de Radio France Internationale, s’intitule « Stress post-traumatique : contrôler sa mémoire serait la clé de la résilience ».

Dans cette illusion d’une maitrise de la psyché, de la réduction du psychisme à un fonctionnement d’organe, à un fonctionnement d’interactions chimiques, ne s’agit-il pas, ni plus ni moins de s’engager dans cette voie, celle de faire taire le parlêtre, de faire taire son désir. Pourtant bien des années d’une clinique psychanalytique riche, des années de travaux théoriques, de recherches témoignent bien de ce constat : l’expression de la jouissance, de la pulsion, du symptôme, les manifestations du désir ne peuvent aucunement se réduire à une logique prédéterminée. Au quotidien la clinique nous rappelle la nécessité de poser une autre logique, celle d’une autre scène comme la nommera Freud, une autre scène où le symptôme parle. Où le symptôme ne cesse pas de se manifester « sans loi ». Attendu que, comme le soulignait si bien Gérard Pommier en 2004 « A l’heure du déchiffrage de l’ultime séquence, la porte de sortie de la dernière molécule ouvrira la porte secrète d’un secret humain qui s’auto-traverse ».

Face à ce réel de l’inconscient, il ne s’agit pas, bien évidemment, de l’opposer aux avancées de la science, ni de l’opposer à ce que notre époque peut nous révéler d’inédit. Mais il importe au psychanalyste d’aujourd’hui de contribuer à maintenir une position d’engagement. Ceci pour permettre que notre expérience de l’inconscient se transmette dans nos rencontres, dans nos colloques, à travers nos écrits, pour les générations à venir d’analystes, mais pas seulement, également auprès des acteurs du soin, de l’éducatif, du social, dans les institutions, à l’université, dans les médias.

La Fondation Européenne pour la Psychanalyse a, depuis des années, contribué activement à cet engagement, en encourageant, en soutenant les initiatives des uns et des autres pour offrir ces espaces nécessaires de transmission. Cette année 2020 ne va pas déroger à la règle, avec bon nombre de projets portés par la F.E.P., parmi ceux-ci :

– Le colloque franco-russe de la FEP à Saint-Petersbourg du 26 au 27 juin 2020 qui va s’emparer de cette question « Qu’est-ce qu’un corps ? ».

– Du 2 au 4 octobre 2020 Graziella Baravalle et le comité d’organisation proposent de travailler à Barcelone cette question si essentielle, notamment dans la clinique des psychoses, celle des suppléances, avec cet intitulé : « Nom propre, symptôme et autres suppléances dans la clinique psychanalytique ».

– Du vendredi 20 au dimanche 22 novembre 2020, Cristina Jarques et son comité d’organisation nous invitent à Tolède pour aborder une thématique très actuelle dans notre monde contemporain, celle de la violence : « Violence & corps ».

– Un colloque est également en cours de préparation sur Bruxelles pour janvier 2021. Hélène Godefroy et Michel Heinis nous proposent de traiter un thème au coeur de l’intime celui de « La reconnaissance ».

– Luigi Burzotta, avec les membres italiens de la Fondation Européenne pour la Psychanalyse, dans la belle ville de Trieste, le 11 et 12 juin 2021, dans une trilogie sur la question de la sexualité, nous proposent de travailler sur « Le malaise du sexuel dans le parlêtre ».

– En collaboration avec le Séminaire de Lecture Freudienne du Cotentin, une journée de formation se déroulera le 18 juin à Cherbourg-en-Cotentin sur le thème « Le secret et l’indicible entre trauma et fantasme ».

Voilà bien des projets qui témoignent assurément de la vitalité et de l’engagement dans la transmission de notre association.

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