Mars 2026

Éditorial

Préserver le vide à l’ère de l’excès

Alejandro Pignato

L’époque actuelle se caractérise par une promesse insistante : tout est possible. La société de consommation, soutenue par la logique du capitalisme contemporain, ne se limite pas à offrir des objets ; elle se présente comme réponse au manque lui-même. Là où le sujet se heurte à un trou structurel — ce vide qui, comme nous l’a signalé Jacques Lacan, n’est pas contingent mais constitutif — le marché propose une solution immédiate, disponible, personnalisable.

Le manque n’est plus pensé comme condition du désir, mais comme déficit à corriger. Le discours capitaliste promet de suturer le trou, de combler la béance, d’éliminer la limite. Ainsi, l’idée de complétude cesse d’être un fantasme pour devenir un impératif. Et là où tout semble possible, s’ouvre la voie d’une jouissance sans mesure.

Nous vivons, en effet, à l’ère de l’excès : excès d’information, de consommation, de performance, d’exposition. Mais aussi excès dans les formes de la souffrance. Les addictions, l’épuisement, les compulsions et les phénomènes de débordement subjectif ne sont pas de simples pathologies individuelles : ils constituent des réponses à un impératif surmoïque qui ne s’énonce plus comme interdiction mais comme exigence de jouir. Encore ! Toujours plus !

Lorsque la limite symbolique s’affaiblit, le sujet se trouve confronté à une jouissance qui ne passe plus par la médiation de la parole. Le malaise ne se présente plus nécessairement comme symptôme à déchiffrer, mais comme décharge, court-circuit, urgence. Là où la culture promet la complétude, le corps répond par l’excès.

 

Colloque de la F.E.P. à Madrid

Clinique de l’excès

quand la limite ne tient plus

le 9 avril 2026 (seulement en ligne)

le 10 et le 11 avril 2026 (seulement en présence)

Ateneo de Madrid
calle Prado, 21
Madrid

Nous vivons à l’ère de l’excès : excès d’information, de connectivité, de consommation, d’auto-exigence. Excès de travail, de sollicitations, d’offres qui promettent la complétude. Mais aussi excès dans les formes de la souffrance : addictions, épuisement, crises de panique, compulsions qui semblent échapper à tout contrôle.

Que se passe-t-il lorsque les limites traditionnelles —de temps, d’espace, du privé et du public— disparaissent ? Depuis la psychanalyse, nous pouvons lire ce phénomène comme le déclin de la fonction paternelle, cet opérateur symbolique qui introduisait traditionnellement la limite, le manque, la médiation. Lorsque cette fonction s’affaiblit, émerge un impératif surmoïque féroce : Jouis ! Encore ! Un mandat qui pousse sans cesse, qui ne connaît ni satisfaction ni repos.

Le résultat est un malaise qui ne se présente plus comme symptôme à déchiffrer, mais comme débordement direct : une jouissance qui ne passe pas par la parole, qui court-circuite la médiation symbolique. Les manifestations sont multiples : addictions de toute sorte, burn-out, hyperconnectivité, compulsions, crises somatiques… des modes de réponse au malaise qui opèrent dans le registre de la décharge plutôt que du sens.

Ce colloque propose un temps de dialogue et de réflexion : quelle position adopter face à ces excès ? Comment intervenir lorsque la limite n’opère plus depuis le symbolique ?

Comment soutenir une présence qui puisse opérer comme bord, comme point d’arrêt minimal qui ne capture pas mais qui offre un lieu ? Un lien qui ne promet pas la complétude mais qui, dans son incomplétude même, peut faire place à quelque chose d’autre que le pur excès.

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